Jacques Chirac traîne derrière lui une saillie devenue un totem de la culture politique française, répétée dans les couloirs, sur des plateaux télé, jusqu’au merchandising. L’expression :
« Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre »
Cela condense une indifférence revendiquée, avec une verdeur que beaucoup associent au personnage, entre gouaille et flegme.
L’article remonte à la première occurrence attestée, recoupe les sources qui l’attribuent à l’ancien président, puis revient sur sa réapparition dans la bouche d’Emmanuel Macron en 2022. Le lecteur y trouve aussi la signification précise de cette formule familière, souvent comprise comme un « je m’en fiche » à peine déguisé.
Origine précise de l’expression chez Jacques Chirac
La piste la plus documentée mène à l’année 1987, quand Jacques Chirac occupe Matignon sous la présidence de François Mitterrand. Sylvie Pierre-Brossolette raconte une scène de préparation du Sommet de Copenhague : Mitterrand critique Chirac, Chirac balaie la remarque par une formule d’indifférence restée fameuse. Le propos circule dans les récits de proches et de journalistes, bien avant sa canonisation en phrase culte. Cette genèse ancre l’expression dans un moment politique tendu, où le Premier ministre marque sa distance face aux admonestations de l’Élysée.
- Sylvie Pierre-Brossolette, « Paroles de présidents : Carnets secrets » (1996), rapporte l’usage en 1987 lors des préparatifs du Sommet de Copenhague sous François Mitterrand.
- Jean-Louis Debré, « Ce que je ne pouvais pas dire » (2016), décrit un usage fréquent par Chirac et cite aussi « Je m’en tape le coquillard avec une patte d’alligator femelle ».
- François Vey et Emmanuel Hecht, « Chirac de a à z » (1995), recensent la formule parmi ses expressions favorites avant 1995.
- Le Canard Enchaîné note un emploi récurrent pour balayer les critiques qui visaient Chirac.
Pourquoi cette expression colle au personnage de Chirac ?
La force du slogan tient à un contraste : un Chirac public, policé, puis un Chirac privé, rabelaisien, friand de grivoiseries et de formules à l’emporte-pièce. Les témoignages décrivent un animal politique qui coupe court, esquive, et remet les compteurs à zéro avec une sentence nette. Cette phrase nourrit sa légende populaire parce qu’elle épouse un tempérament prêté au gaillard corrézien, mélange de distance et de truculence.
- « Les emmerdes c’est comme les cons, ça vole toujours en escadrille ».
- « Ce sont des affaires de corneculs ».
- « Qu’est-ce qu’elle veut de plus cette ménagère, mes couilles sur un plateau? ».
Jacques Chirac n’a jamais prononcé cette formule devant un micro, selon les récits disponibles, ce qui renforce son parfum de “petite phrase” volée au huis clos. Les biographes et Le Canard Enchaîné relient aussi sa diffusion à un flegme revendiqué, utile pour ignorer les tirs nourris de l’adversité.
La reprise par Emmanuel Macron et ses réactions
Le 12 juillet 2022, en Isère, Emmanuel Macron répond aux révélations des Uber Files en empruntant la formule à un « prédécesseur ». Il lâche : « Comme le dirait un de mes prédécesseurs, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ». BFM TV présente la séquence comme la première reprise publique face caméra, tant la phrase restait cantonnée aux récits sur Chirac. La sortie occupe l’espace médiatique et relègue le fond des questions au second plan.
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Signification et variantes populaires de l’expression
La formule signifie une indifférence totale, exprimée par une image triviale : toucher l’un sans provoquer de réaction de l’autre, comme si rien ne changeait. Le sens s’entend comme un équivalent “présentable” d’un juron plus frontal, souvent résumé par l’idée d’un détachement absolu. Son efficacité vient de sa scansion et de sa matérialité, qui transforment un simple refus d’être atteint en scène quasi physique. Cette verdeur explique son succès durable dans le folklore politique français.
- Jean-Louis Debré attribue aussi à Chirac la variante : « Je m’en tape le coquillard avec une patte d’alligator femelle ».
- Une hypothèse évoque une filiation avec la pétanque au sud de la Loire, citée par la Revue des Deux Mondes (2017), sans confirmation établie.
- Une recherche Google donne environ 35 500 résultats pour la version complète, contre 4 760 pour la variante avec « sans bouger ».
- La phrase vit aussi via des objets dérivés, dont des t-shirts et des affiches estampillées « Chirac ».







