Le site casier-politique.fr recense les condamnations pénales des personnalités politiques françaises. Lancé par Raphaël Jolivet, ingénieur de recherche, ce projet citoyen a suscité un vif intérêt lors des municipales 2026, avec des millions de vues sur les réseaux sociaux. Son principe : agréger les données publiques disponibles sur Wikipédia et Wikidata pour les rendre accessibles à tous.
Casier-politique.fr : une base de données citoyenne
Le site compile environ 200 profils de responsables politiques ayant fait l’objet d’au moins une condamnation pénale. Les données proviennent de la catégorie Wikipédia « Personnalité politique condamnée », croisées avec les fiches Wikidata. Un modèle d’intelligence artificielle (Apertus Instruct, développé par Infomaniak) aide à classifier les infractions et extraire les peines prononcées.
Les condamnations sont consultables par année, par parti politique et par type d’infraction. Le créateur du site a choisi de distinguer les catégories : une condamnation pour diffamation n’a pas le même poids qu’une condamnation pour prise illégale d’intérêts ou corruption. Des filtres permettent d’affiner la recherche selon ces critères.
Comment fonctionne le site casier-politique.fr ?
La méthode repose sur trois étapes principales :
- Extraction automatique des personnalités politiques listées dans la catégorie Wikipédia dédiée aux condamnations
- Croisement avec Wikidata pour récupérer les métadonnées (parti, mandats, dates)
- Analyse par IA pour classifier le type de condamnation et la peine associée
L’IA n’intervient pas pour déterminer si une personne a été condamnée. Elle traite la structuration des informations déjà documentées par des sources publiques. Le site s’appuie sur un code ouvert et invite les utilisateurs à signaler toute erreur factuelle.
D’autres plateformes similaires existent. Poligraph, créée par Lamine Diaby, agrège les informations sur l’activité des élus (votes, présences, déclarations d’intérêts) en un seul outil gratuit et non partisan.
Quels biais et limites prendre en compte ?

La première limite tient à la source elle-même. La catégorie Wikipédia des personnalités politiques condamnées reste incomplète. Certains élus en sont absents, comme Jean-Luc Mélenchon (condamné pour diffamation et rébellion), qui a été ajouté tardivement après des signalements d’internautes. D’autres, décédés, y figurent toujours.
Raphaël Jolivet reconnaît un biais structurel : Wikipédia recenserait davantage les condamnations de politiques issus de la droite. Il a identifié une méthode plus large, passant par la sous-catégorie « personnalités politiques » avec recherche du mot-clé « condamné », ce qui multiplierait par cinq le nombre de résultats (environ 4 000 entrées potentielles contre 200 aujourd’hui). Pour mieux situer ces formations, consultez notre tableau des partis politiques en France.
La représentation graphique initiale, sous forme d’hémicycle, a aussi prêté à confusion. Les visiteurs l’associaient aux seuls députés alors que la base couvre tous types de mandats. Le créateur envisage un format en rectangle avec frise chronologique pour corriger cette perception.
« Le pouvoir corrompt. Les deux groupes qui se partagent le plus de condamnations sont ceux qui ont été au pouvoir : le PS et LR. » Raphaël Jolivet, créateur de casier-politique.fr
Peut-on être élu avec un casier judiciaire en France ?
La loi française n’interdit pas automatiquement à une personne condamnée de se présenter à une élection. Le juge pénal prononce une peine complémentaire d’inéligibilité au cas par cas, pour une durée maximale de dix ans. Sans cette peine explicite, un élu condamné conserve le droit de candidater.
La loi du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique a renforcé ce cadre. Les candidats aux élections législatives et sénatoriales fournissent un extrait de casier judiciaire (bulletin n°2) lors du dépôt de leur candidature. Le Conseil constitutionnel ou le préfet vérifie l’absence d’inéligibilité prononcée par un tribunal.
Cette question alimente le débat public depuis des années, notamment à l’approche de la prochaine élection présidentielle. Le site casier-politique.fr s’inscrit dans cette réflexion en rendant visibles des informations dispersées entre sources institutionnelles, judiciaires et médiatiques.







