Le Millénaire, think tank gaulliste : ce qui situe son orientation politique

Le Millénaire se situe à droite. Ce think tank présidé par William Thay se décrit lui-même comme « gaulliste, réformateur et guidé par l’intérêt national ». En octobre 2024, franceinfo le présentait comme « proche des Républicains ». L’étiquette ne suffit pas : une orientation politique se démontre par des éléments vérifiables, du discours officiel au profil des dirigeants, des thèmes traités jusqu’au financement. Passons-les en revue.

Un positionnement gaulliste écrit noir sur blanc

Sur sa page « Qui sommes-nous ? », l’association revendique un projet « gaulliste, réformateur, disruptif et préoccupé par l’intérêt national », porté par une centaine de contributeurs venus d’horizons différents. La référence historique reste explicite : la structure dit vouloir promouvoir « une révolution en France à l’image de celle entamée par le général de Gaulle en 1958 ». Son rapport « Pour un gaullisme du XXIe siècle » décline deux axes : faire de la France une nation d’industriels et de savants, préserver l’art de vivre à la française.

« Le Millénaire est un think tank gaulliste, réformateur et guidé par l’intérêt national », William Thay, président.

Sur ses origines, les sources divergent. Le site situe le rassemblement de ses membres autour de l’élection présidentielle de 2017, quand Le Figaro évoquait en 2021 un think tank « créé en avril 2018 par quelques militants ».

William Thay et le bureau, des profils ancrés à droite

Le portrait publié par Le Figaro en mars 2021 lève l’ambiguïté. Le quotidien y décrit un « militant LR de 30 ans » dont l’objectif affiché consiste à travailler à la refondation idéologique de la droite « avec une vision gaulliste-réformatrice-grandeur de la France ». Le même article rapporte qu’il espérait alors figurer sur la liste de Valérie Pécresse aux élections régionales. Le sigle mérite d’être resitué : ce que défend aujourd’hui le parti Les Républicains donne la mesure de cette filiation. Autour de lui, Matthieu Hocque cumule les fonctions de directeur général et de directeur adjoint des études.

Le conseil scientifique réunit des universitaires familiers du débat public : le constitutionnaliste Didier Maus, l’ancienne ministre Noëlle Lenoir, le politologue Stéphane Rozès, le professeur de droit public Benjamin Morel, le géographe Gérard-François Dumont ou encore Arnaud Benedetti. Une nuance s’impose : le think tank précise que ses contributions n’engagent ni ces membres ni les institutions qu’ils représentent. Un conseil scientifique éclaire une production, il ne signe pas une ligne politique.

Les thèmes traités et les relais médiatiques

Orateur à une tribune avec microphone devant un public lors d'un débat politique

Décideurs Magazine qualifiait en juillet 2025 Le Millénaire de « think tank gaulliste ». Matthieu Hocque y détaillait deux exemples d’influence revendiquée : une note sur le narcotrafic dont le vocabulaire aurait irrigué la parole politique, puis un travail sur l’immigration dont certaines recommandations auraient infusé la loi du 26 janvier 2024. Le registre des sujets dessine une cartographie régalienne et économique :

  • la sécurité intérieure et le narcotrafic
  • l’immigration
  • la souveraineté et la politique industrielles
  • la dépense publique et le budget de l’État
  • la place de la France en Europe et dans le monde

Les tribunes suivent la même pente. En novembre 2020, Le Point publiait une prise de position du think tank titrée « Une droite gaulliste pour rendre sa grandeur à la France ». William Thay signe des textes d’opinion dans Les Echos, dont un plaidoyer pour une politique industrielle française en janvier 2022, puis intervient sur franceinfo pour dénoncer le niveau des dépenses publiques. Le public visé se lit dans ces supports autant que dans les sujets.

Financement et statut, la zone la moins documentée

Le Millénaire fonctionne comme une association loi 1901 et sollicite des dons sur son site. Au-delà, l’information se raréfie : aucun compte annuel publié, aucune liste de financeurs accessible, aucune fiche retrouvée au répertoire des représentants d’intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Une association doit publier ses comptes dès qu’elle dépasse 153 000 euros de dons ou de subventions, seuil dont rien n’indique s’il est atteint ici. L’absence de trace ne vaut pas preuve d’absence : elle signale une opacité que partagent beaucoup de structures comparables.

Comment jauger l’orientation politique d’un think tank ?

Aucun statut juridique ne définit ces structures en France, où elles prennent le plus souvent la forme d’associations. Certaines assument un lien partisan, à l’image de l’Institut La Boétie rattaché à La France insoumise, quand d’autres revendiquent leur indépendance vis-à-vis des partis. Encore faut-il disposer d’une grille de lecture : où passent les lignes de partage gauche-droite conditionne tout le reste. La coloration se reconstitue par recoupements, selon cinq critères.

Critère Ce qu’il révèle Le cas du Millénaire
Autodéclaration La ligne assumée en public Gaulliste, réformateur, intérêt national
Profil des dirigeants Les attaches partisanes réelles Président décrit comme militant LR
Thèmes traités Les priorités idéologiques Sécurité, immigration, souveraineté
Relais médiatiques Le lectorat visé Le Point, Le Figaro, Les Echos
Financement Les intérêts en présence Dons, comptes non publiés

Aucun de ces indices ne tranche seul. Une autodéclaration flatte, un thème régalien traverse plusieurs familles politiques, un journal accueille des plumes qu’il ne partage pas. Le faisceau, lui, parle : quatre critères sur cinq convergent vers la droite gaulliste quand le cinquième reste hors de portée du lecteur. Cette convergence autorise à classer Le Millénaire sans lui prêter d’intentions qu’il n’exprime pas.

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