Raphaël Glucksmann, de droite ou de gauche ? Ses positions au crible

Raphaël Glucksmann se revendique de gauche et n’en a jamais démordu depuis la fondation de son mouvement. Il siège au Parlement européen avec les socialistes, se réclame de la social-démocratie européenne et défend une ligne réformiste et proeuropéenne. Le doute vient d’ailleurs : d’un parcours qui a commencé du côté libéral, d’une fermeté sur l’Ukraine qui hérisse une partie de son camp et d’un vocabulaire patriotique que la gauche française manie peu. Regardons donc les votes plutôt que les étiquettes.

De quelle gauche Raphaël Glucksmann se réclame-t-il ?

Le courant dont il se réclame porte un nom : la social-démocratie, dans sa version européenne et réformiste. Au Parlement européen, il siège au sein du groupe Alliance progressiste des socialistes et démocrates, la famille social-démocrate du continent, que le site Toute l’Europe situe au centre gauche. Sa boussole associe fédéralisme européen, régulation économique et droits humains. Au lendemain des municipales de 2026, il résume sa ligne sur France Inter : « la gauche républicaine qui refuse l’alliance avec LFI, elle gagne ».

À cette base social-démocrate, il greffe un registre que les différents courants de la gauche française ont longtemps laissé à leurs adversaires : celui de la nation. Il propose un « nouveau contrat patriotique » et appelle à mener « la bataille du patriotisme français ». Ce croisement entre social-démocratie et patriotisme nourrit une bonne part du malentendu chez les électeurs qui cherchent à le classer.

Son parti politique, un repère parmi d’autres

Il copréside la formation qu’il a cofondée, Place publique, depuis décembre 2022, aux côtés de l’eurodéputée Aurore Lalucq. Le mouvement, né en 2018, s’est construit sur une alliance répétée avec le Parti socialiste : 6,19 % des voix aux européennes de 2019, puis 13,83 % et treize sièges en 2024, à la troisième place du scrutin. Le 23 août 2026, au journal de 20 heures de TF1, il a annoncé sa candidature à la présidentielle et son entrée dans la primaire socialiste prévue en octobre. L’étiquette renseigne peu, le contenu des positions tranche davantage.

D’Alternative libérale à la gauche, un parcours qui nourrit le doute

Sa trajectoire explique une part du soupçon. Elle part de la droite libérale et bifurque au milieu des années 2010.

  • 2006-2007 : il adhère à Alternative libérale, formation située à droite dont il déclare ne pas partager toutes les orientations.
  • 2008 : il cosigne avec son père le philosophe André Glucksmann Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, après avoir assisté à un meeting du candidat de l’UMP.
  • 2015 : il juge erroné le soutien paternel à Nicolas Sarkozy et affirme s’être déplacé vers la gauche « par dépit ».
  • 2017 : il soutient Benoît Hamon au premier tour, Emmanuel Macron au second, puis participe au lancement de Génération.s.
  • 2018 : il fonde Place publique pour rassembler une gauche proeuropéenne face à La France insoumise.

Lui-même se décrit comme ayant été « athée en politique » à ses débuts. Ses adversaires y voient un ralliement tardif et intéressé, ses soutiens une conversion assumée face à la montée de l’extrême droite.

Droite ou gauche : ce que lui reprochent les autres gauches

Les attaques les plus rudes viennent de sa propre famille politique. Marianne rapporte qu’une partie de la gauche le soupçonne d’un virage vers le centre et d’une vision social-libérale, procès qu’il dément avec vigueur. Le même journal relève le recrutement d’anciens macronistes dans son équipe de campagne.

« Un candidat pour la bourgeoisie de gauche parisienne », estime le député insoumis Aurélien Taché sur BFMTV, le 24 août 2026.

La présidente du groupe insoumis Mathilde Panot juge de son côté qu’il « veut gagner la direction du PS » quand La France insoumise « veut gagner l’élection présidentielle ». En mai 2026, la fuite d’une note interne sur les « publics cibles », révélée par Politico, a durci le procès : le document conseillait de viser en priorité les catégories supérieures, les retraités aisés et les grandes métropoles, avec une diapositive listant des « cibles à éviter » parmi lesquelles les personnes gagnant moins de 1 500 euros par mois et les habitants des banlieues. La France insoumise et François Ruffin y ont dénoncé un « renouveau macroniste » et un abandon des classes populaires. L’eurodéputé a rejeté ces conclusions et présenté le texte comme un document de travail retiré aussitôt.

Ukraine, fiscalité, Europe : le détail de ses positions

Le programme défendu aux européennes de 2024 donne des repères plus solides que les procès d’intention.

Thème Sa position Ce qu’elle situe
Défense Fonds européen de 100 milliards d’euros financé par un emprunt commun, passage en « économie de guerre » pour soutenir l’Ukraine Une ligne que le PCF et LFI qualifient de va-t-en-guerre
Fiscalité Taxation renforcée des plus hauts patrimoines pour financer la transition écologique et l’aide à Kiev Un marqueur redistributif classique à gauche
Commerce Programme qu’il dit « opposé au libre-échange », Buy European Act réservant la commande publique aux productions européennes Un protectionnisme écologique éloigné du libéralisme
Immigration Sortie du règlement Dublin III et création de voies d’immigration légales Une ouverture encadrée par des quotas

Sur l’Ukraine, il qualifie de « pseudo pacifistes » les partis qui refusent d’armer davantage Kiev, ce qui lui vaut d’être traité de va-t-en-guerre par une partie de la gauche radicale. Il conteste l’étiquette atlantiste qu’on lui accole. Le politologue Rémi Lefebvre note que « son côté très atlantiste pouvait le pénaliser il y a quelques années [mais] lui sert aujourd’hui à être identifié contre Poutine ».

Ce qui départage vraiment : les votes et les prises de position

Les choix concrets répondent mieux que les qualificatifs. Il a refusé toute liste commune avec les insoumis aux municipales de 2026, y compris là où le Rassemblement national pouvait l’emporter, un arbitrage qui lui a coûté cher à gauche. Il a défendu le Pacte vert, un salaire minimum dans chaque pays européen et un congé parental égalitaire de huit mois. Il a refusé le mot « génocide » à propos de Gaza tout en dénonçant un « carnage » et un « blocus », position qui lui a valu des jets de peinture lors du 1er mai 2024 à Saint-Étienne.

Le curseur reste donc à gauche, sur son aile la plus modérée, la plus européenne et la plus hostile à toute alliance avec La France insoumise. Le vrai débat ne porte pas sur son camp, il porte sur la place qu’il occupe à l’intérieur de celui-ci et sur l’électorat qu’il cherche à convaincre.

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