En Égypte, la classe moyenne perçoit un revenu mensuel compris entre 6 500 et 13 000 livres égyptiennes, soit 78 000 à 156 000 EGP par an d’après les données officielles relayées par les enquêtes du CAPMAS et de la Banque mondiale. Converti, cela représente environ 130 à 260 dollars mensuels. Une fourchette qui paraît modeste vue de Paris, mais qui structure pourtant l’identité d’une catégorie sociale fragilisée par l’inflation et les réformes économiques récentes. Voici les chiffres précis, leurs sources et ce que ces salaires permettent réellement de financer.
Combien gagne la classe moyenne égyptienne en 2025 ?
Selon les données reprises par EARLY à partir des sources gouvernementales, le salaire annuel d’un foyer de classe moyenne se situe entre 78 000 et 156 000 livres égyptiennes. Ramené au mois, cela donne 6 500 à 13 000 EGP, soit 130 à 260 USD au taux de change actuel.
Ce niveau dépasse largement le salaire minimum national, fixé à 7 000 EGP/mois en mars 2025 dans le secteur privé. Il reste toutefois inférieur au salaire moyen observé dans les grandes villes comme Le Caire, où la rémunération mensuelle moyenne approche 9 780 EGP selon les enquêtes salariales agrégées.
Pour mémoire, la fourchette de revenu national publiée par les sources officielles s’échelonne ainsi :
- Salaire minimum (2025) : 7 000 EGP/mois
- Salaire vital rural estimé : 3 957 EGP/mois
- Salaire médian national : 7 840 à 12 000 EGP/mois
- Classe moyenne : 6 500 à 13 000 EGP/mois
- Cadres expérimentés (finance, tech) : au-delà de 24 000 EGP/mois
Soha Abdelaty, chercheuse à l’Université américaine du Caire, rappelait dans Le Monde que cette classe moyenne reste « difficile à définir », tant les inégalités sont prononcées. Le salaire moyen annuel officiel atteint 2 150 euros, ce qui place une grande partie des ménages très près du seuil de pauvreté. Pour mettre cette fourchette en perspective avec d’autres économies émergentes, la classe moyenne au Kazakhstan affiche un profil de revenu comparable malgré un contexte macroéconomique très différent.
Pourquoi le pouvoir d’achat de cette classe moyenne s’érode
La livre égyptienne a été divisée par deux depuis 2022 et l’inflation officielle a culminé à 21,9 % fin 2022 sur les denrées alimentaires (37,9 %). L’économiste Steve Hanke, professeur à Johns Hopkins, estime même l’inflation réelle à 101 % en intégrant le taux de change parallèle. Résultat : un salaire nominal de 10 000 EGP n’a plus rien à voir avec ce qu’il valait il y a quatre ans.
Les réformes réclamées par le FMI ont accéléré la mécanique. L’ajustement budgétaire, la libéralisation du change et la baisse des subventions ont cassé le pouvoir d’achat des salariés du privé comme de la fonction publique. Une traductrice citée par Le Monde résume crûment : « Le salaire de mon mari a perdu 40 % de sa valeur en six mois. » On retrouve une dynamique proche dans d’autres pays voisins, comme le montre l’évolution du salaire minimum en Turquie face à une inflation à deux chiffres.
Trois mécanismes se combinent et expliquent ce décrochage :
- la dévaluation, qui renchérit tous les biens importés (céréales, médicaments, électronique)
- l’inflation alimentaire, qui ronge la part incompressible du budget des ménages
- la stagnation des salaires nominaux dans les secteurs traditionnels (industrie, commerce, public)
Le gouvernement a répondu par six hausses du salaire minimum en trois ans et impose désormais une revalorisation annuelle obligatoire de 250 EGP/mois minimum dans le privé. Insuffisant pour suivre la perte réelle de pouvoir d’achat.
Disparités fortes selon le secteur et la région
Tous les salariés égyptiens de la classe moyenne ne vivent pas la même réalité. Le secteur d’activité et le lieu de résidence creusent les écarts.
| Secteur | Fourchette mensuelle (EGP) |
|---|---|
| Technologie et IT | 20 000 à 30 000+ |
| Finance | 24 000 à 90 000 |
| Santé | autour de 21 100 |
| Tourisme et hôtellerie | 7 000 à 15 000 |
| Industrie manufacturière | 6 500 à 20 000 |
| Secteur public | environ 7 000 |
Côté géographie, Le Caire et Alexandrie concentrent les revenus les plus élevés, portés par les sièges sociaux, la finance et les services aux entreprises. Le salaire mensuel moyen y atteint respectivement 9 780 et 8 890 EGP. Les zones rurales de Haute-Égypte, notamment Louxor et Assouan, plafonnent autour de 7 070 EGP/mois, tirées vers le bas par la dépendance au tourisme et au secteur public.
À cela s’ajoute un écart hommes-femmes parmi les plus élevés au monde : selon le Forum économique mondial, le ratio salarial est de 3,84, ce qui signifie que les hommes gagnent près de quatre fois plus que les femmes rapporté au PIB par habitant. L’Égypte se classe 135e sur 146 pays dans le rapport 2024.
Que peut s’offrir un foyer de la classe moyenne ?
Avec 10 000 EGP par mois, un ménage du Caire couvre en théorie le loyer d’un appartement moyen, les transports et l’alimentation. Sauf que l’inflation a transformé certains arbitrages en dilemmes.
Ahmed Hicham, qui anime l’association caritative Abwab El Kheir, voit arriver chez lui un public nouveau : des employés du privé gagnant entre 4 000 et 6 000 EGP/mois (125 à 185 euros) qui, pour la première fois, n’arrivent plus à boucler le budget. « Ils n’ont jamais connu ça et ça les mortifie de venir chez nous », raconte-t-il. Un homme lui a confié devoir choisir « entre nourrir ses enfants ou leur payer l’école ».
L’éducation privée concentre une grande partie du budget contraint des familles. Une mère interrogée par Le Monde évoque 20 000 à 40 000 livres égyptiennes par an pour un seul enfant en primaire (625 à 1 250 euros), parce que l’enseignement public est jugé trop faible. Ajouter à cela le crédit immobilier, le crédit voiture et les dépenses de santé, et la marge devient quasi nulle.
Pour de nombreux diplômés, la solution se trouve à l’étranger. Les offres d’emploi dans le Golfe et les démarches d’équivalence en Europe se multiplient. Les transferts des émigrés représentent désormais près de 30 milliards d’euros par an, soit l’une des premières sources de devises du pays. Un signal clair : la mobilité ascendante par le seul salaire local devient un horizon qui se dérobe.







