Le Palais Bourbon occupe le quai d’Orsay dans le 7e arrondissement de Paris depuis 1879. Plus d’un millier de personnes y travaillent quotidiennement, aux côtés des 577 députés. Sous les dorures de la salle des séances, les niveaux inférieurs abritent des espaces que le public ne voit jamais : un café réservé aux élus, une salle de sport, un cachot de 1722 et des documents que personne ne soupçonnait.
La buvette : un café politique hors des caméras
Réservée aux parlementaires et à leurs invités, la buvette du Palais Bourbon ressemble à un café parisien de caractère. Décor Art nouveau, zinc, jardin intérieur : le lieu tranche avec l’austérité des couloirs officiels.
Les députés y viennent prendre un café entre deux séances mais aussi pour des échanges informels que les tribunes de l’hémicycle ne permettent pas. En 2010, l’hebdomadaire L’Obs consacrait un article à la réputation sulfureuse de cet endroit. Les élus s’en défendaient avec une formule restée célèbre : « On refait la séance comme on fait le match », selon les mots d’un ancien député du Puy-de-Dôme. Ces coulisses officieuses jouent un rôle dans la vie parlementaire, y compris lors des moments de crise comme une motion de censure.

Une tradition non écrite veut qu’en cas de séance nocturne prolongée, le ministre concerné règle l’addition. Des sources parlementaires rapportent que certains ministres se sont éclipsés sans payer.
La salle de sport et la piste d’escrime au sous-sol ?
Installée au sous-sol du Palais Bourbon, la salle de sport de l’Assemblée est ouverte aux députés mais aussi à leurs collaborateurs et aux agents de l’institution. L’accès passe par une adhésion à l’Association sportive et culturelle de l’Assemblée nationale, moyennant cotisation.
Les équipements comprennent des appareils de musculation et des cours collectifs de gym. La piste d’escrime est l’élément le plus surprenant : elle permet aux élus de pratiquer une discipline à l’histoire aussi longue que le Palais lui-même.
Les recherches associées sur Google révèlent une question récurrente chez les internautes : existe-t-il une piscine dans les sous-sols ? La réponse est non, selon les informations disponibles.
Le cachot du Palais Bourbon : une pièce oubliée depuis 1722
En 2010, des travaux de rénovation ont mis au jour une pièce que personne ne cherchait. Un cachot datant de la construction du Palais Bourbon, en 1722, dormait à proximité immédiate de l’hémicycle. Deux mètres sur 1,5 mètre, un banc de pierre, aucun autre mobilier.
À côté existait déjà une « cellule de dégrisement », dont l’histoire est documentée. Le dernier parlementaire à y avoir séjourné est le comte Armand Léon de Baudry d’Asson, député royaliste antisémite et ultra-conservateur, connu pour ses interruptions intempestives. Sous la présidence de Léon Gambetta, en 1880, une vingtaine de soldats l’y ont conduit de force.
Depuis, la cellule n’a plus servi à cette fin.
Des archives secrètes dormaient dans un coffre-fort
Les fouilles dans les réserves de l’Assemblée ont réservé une autre surprise : en 2011, des chercheurs ont découvert dans un coffre-fort les comptes rendus de quatre « comités secrets » datant de la fin du Second Empire et des débuts de la IIIe République. Personne, à l’Assemblée même, ne connaissait leur existence.
Ces documents ne pouvaient pas être rendus publics sans autorisation officielle. À l’initiative de Bernard Accoyer, alors président de l’Assemblée, un vote solennel a été organisé pour en autoriser la diffusion. Ce fut une procédure inédite depuis 1968.
Parmi les extraits publiés : une séance du 22 mars 1871, en pleine insurrection de la Commune de Paris. On y entend un Adolphe Thiers défendre son bilan, face à un Clemenceau de 30 ans qui l’avertit : « Vous serez responsable de ce qui va suivre. »
Des projets pour ouvrir ces espaces au public ?
Des études ont été menées pour envisager l’ouverture d’une partie des sous-sols aux visiteurs. Le chiffre avancé : entre 700 et 3 000 mètres carrés de surface souterraine exploitable. À titre de comparaison, c’est la superficie d’un musée de taille moyenne.
Ces espaces contiendraient aussi :
- un salon de coiffure réservé aux députés et collaborateurs
- un bureau de poste expédiant plus de 11 millions de plis par an
- une cinquantaine de chambres dans l’immeuble Chaban-Delmas, face à l’Assemblée, pour les parlementaires en séance de nuit
L’ouverture au public n’a pas eu lieu à ce jour. Les sous-sols du Palais Bourbon restent, pour l’essentiel, un territoire réservé.







