Au Soudan du Sud, le revenu mensuel moyen par habitant atteint environ 88 dollars, soit près de 1 050 dollars par an selon la Banque mondiale. Le salaire brut moyen d’un actif tourne lui autour de 120 à 135 dollars par mois début 2026. Ces montants placent le plus jeune État du monde, indépendant depuis 2011, au rang de pays le plus pauvre de la planète. Parler de salaire et de classe moyenne dans ce contexte demande de poser des repères clairs, loin des standards occidentaux. Voici ce que disent réellement les chiffres.
Quel est le salaire moyen au Soudan du Sud ?
Deux indicateurs cohabitent et se complètent. Le premier, le revenu national brut par habitant calculé par la Banque mondiale, s’établit à 88 dollars par mois, soit environ 1 050 dollars sur une année entière. Le second, le salaire brut mensuel observé sur le marché du travail formel, se situe entre 120 000 et 135 000 livres sud-soudanaises (SSP) début 2026, ce qui équivaut à 120 à 135 dollars selon le taux de change appliqué.
Converti en euros, avec un dollar valant environ 0,92 euro, le revenu moyen par habitant représente à peine 81 euros par mois et un salaire formel oscille entre 110 et 125 euros. Ces sommes traduisent une réalité brutale : le produit intérieur brut par habitant plafonne autour de 455 dollars en 2024, le niveau le plus faible mesuré dans le monde.
| Indicateur (Soudan du Sud) | Montant en dollars | Équivalent en euros |
|---|---|---|
| Revenu moyen par habitant et par mois | 88 $ | ~81 € |
| Revenu moyen par habitant et par an | 1 050 $ | ~970 € |
| Salaire brut mensuel formel | 120 à 135 $ | 110 à 125 € |
| PIB par habitant (2024) | 455 $ | ~420 € |
Ces moyennes masquent une distribution très inégale. La majorité de la population vit de l’agriculture vivrière et de l’élevage, hors de toute fiche de paie. Le salariat formel reste l’exception, concentré dans l’administration, le secteur pétrolier et les organisations humanitaires.
Existe-t-il vraiment une classe moyenne au Soudan du Sud ?
La notion de classe moyenne change radicalement de sens selon le pays observé. Dans les pays du Sud, les chercheurs ne la définissent pas par un train de vie confortable mais par une forme de sécurité économique minimale. L’Ifri résume bien cette approche : appartenir à la classe moyenne, c’est d’abord être libéré de la pauvreté, pouvoir se procurer le nécessaire aujourd’hui et demain, et garder la capacité de planifier à moyen terme.
Les seuils chiffrés confirment cet écart de référentiel. La Banque mondiale situe la pauvreté extrême à 2,15 dollars par jour, la pauvreté modérée à 3,65 dollars et un seuil supérieur à 6,85 dollars en parité de pouvoir d’achat. La littérature économique place souvent la classe moyenne des pays en développement entre 4 et 10 dollars par jour. Au Soudan du Sud, où le revenu moyen avoisine 3 dollars par jour, franchir durablement ces seuils relève de l’exploit pour une part minime de la population. Le même référentiel s’applique à d’autres économies du continent : pour mesurer l’écart, il suffit de comparer avec le salaire de la classe moyenne en Égypte, où les ménages se situent eux aussi loin des standards occidentaux.
Cette classe moyenne existe donc, mais elle reste étroite et fragile. Elle se compose surtout de fonctionnaires, de salariés du pétrole, de commerçants urbains et d’employés du secteur humanitaire. Un revenu national par adulte estimé autour de 2 624 euros par an en parité de pouvoir d’achat, selon la World Inequality Database, rappelle que même les mieux lotis vivent loin des standards des pays voisins plus stables.
Pourquoi les revenus restent-ils si bas ?

Trois facteurs s’entremêlent pour comprimer les salaires. Le pétrole domine l’économie et représente l’essentiel des recettes publiques, ce qui rend le pays vulnérable au moindre choc sur les exportations ou les cours mondiaux. Une dépendance aussi forte fragilise les finances de l’État et limite sa capacité à payer ses agents.
L’instabilité politique pèse tout autant. Depuis l’indépendance, conflits armés et tensions internes ont ravagé les infrastructures et déplacé des millions de personnes. Le Soudan du Sud figure régulièrement parmi les trois États les plus fragiles du monde, un classement qui décourage l’investissement et freine la création d’emplois formels.
L’inflation achève le tableau. La hausse des prix a atteint des sommets, autour de 115 % fin 2024 et même une moyenne supérieure à 200 % sur la période 2024-2025 selon certaines estimations. La livre sud-soudanaise s’est fortement dépréciée face au dollar, érodant le pouvoir d’achat des salariés. Les analystes anticipent un reflux progressif de l’inflation, mais elle devrait rester à plusieurs dizaines de pour cent en 2026, ce qui maintient une pression constante sur les revenus réels.
Comment se situe le pays face à ses voisins africains ?
Le Soudan du Sud se classe nettement en dessous de la moyenne du continent. Le revenu mensuel moyen par habitant en Afrique avoisine 163 dollars, soit près du double du niveau sud-soudanais. À l’échelle mondiale, l’écart devient vertigineux : la moyenne planétaire dépasse 1 100 dollars par mois, treize fois plus que les 88 dollars locaux.
Plusieurs voisins illustrent ce décrochage régional :
- L’Éthiopie et le Kenya affichent des économies plus diversifiées et des classes moyennes urbaines en expansion. La trajectoire éthiopienne se lit d’ailleurs dans le salaire de la classe moyenne en Éthiopie, bien plus élevé que celui de son voisin.
- L’Ouganda et le Rwanda bénéficient d’une stabilité politique relative qui soutient l’emploi formel.
- Le Soudan du Sud, lui, reste prisonnier d’un cercle où conflit, dépendance pétrolière et inflation se nourrissent mutuellement.
Ce positionnement éclaire la vraie portée des chiffres. Un salaire de 120 dollars au Soudan du Sud ne traduit pas seulement un faible pouvoir d’achat : il reflète un appareil productif encore embryonnaire et une société qui peine à bâtir une véritable classe moyenne. Tant que la stabilité et la diversification économique tarderont, les revenus resteront parmi les plus modestes du monde.







