Emmanuel Macron appartient à Renaissance, le parti qu’il a fondé en avril 2016 sous le nom d’En marche, devenu La République en marche puis rebaptisé en 2022. La seconde question tient moins en un mot. Passé par le Parti socialiste, ministre de l’Économie de François Hollande, il revendique depuis sa première campagne le dépassement du clivage gauche-droite et résume sa méthode par une formule devenue sa marque de fabrique : le « en même temps ».
Reste un test que les discours ne passent pas toujours. Sur neuf ans de pouvoir, les décisions dessinent un profil plus lisible que les déclarations. C’est ce bilan qu’il faut regarder pour situer le président sur l’axe droite-gauche.
Renaissance, l’héritier d’En marche
Le parcours partisan tient en quelques dates. Proche du Mouvement des citoyens, Emmanuel Macron adhère au Parti socialiste de 2006 à 2009, participe à la campagne de François Hollande en 2012, rejoint l’Élysée comme secrétaire général adjoint puis devient ministre de l’Économie en 2014. En avril 2016, il lance En marche, quitte le gouvernement quelques semaines plus tard et remporte la présidentielle de 2017. Le mouvement prend le nom de La République en marche, puis celui de Renaissance, le parti de la majorité présidentielle en 2022. Gabriel Attal en assure aujourd’hui la présidence.
L’étiquette ne l’a jamais satisfait. En Vendée, à l’été 2016, il lâche : « L’honnêteté m’oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste. » Il refuse aussi le qualificatif de centriste et assure ne pas être un nouveau Lecanuet, du nom du fondateur du Centre démocrate. Son clivage à lui oppose progressistes et conservateurs.
Un bilan qui coche des cases de droite
Les marqueurs les plus visibles du premier mandat relèvent du logiciel libéral. Dès 2017, le gouvernement supprime l’impôt sur la fortune et le remplace par l’impôt sur la fortune immobilière, au motif que la mesure orientera l’épargne vers l’investissement productif. La réforme du marché du travail par ordonnances suit la même inspiration, tout comme l’engagement répété de ramener le déficit public sous la barre des 3 % du PIB.
Le second mandat prolonge la séquence. La réforme des retraites de 2023 passe au terme d’un conflit social de plusieurs mois, puis la loi pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration installe le régalien au centre du débat parlementaire. Le choix de Premiers ministres venus de la droite renforce cette lecture, au point que le chroniqueur de France Inter Clément Pétreault énumérait dès 2021 les « quantité de marqueurs de droite » alignés par le chef de l’État.
Les marqueurs venus de la gauche
L’autre colonne existe et elle pèse. L’hebdomadaire britannique The Economist décrivait en 2021 un président « subrepticement socialiste », dépeint en « progressiste incompris, libéral imparfait et conservateur peu crédible ». Plusieurs décisions nourrissent cette lecture :
- l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes ;
- le doublement de la durée du congé paternité ;
- une amende pour les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale entre les femmes et les hommes ;
- la révision de la directive européenne sur les travailleurs détachés et le soutien à la taxe mondiale sur les sociétés ;
- l’exonération de taxe d’habitation promise à 80 % des Français et le pass Culture de 500 euros pour les jeunes majeurs.
La pandémie ajoute une bascule que personne n’avait programmée. Le « quoi qu’il en coûte » enterre la rigueur budgétaire annoncée et Valérie Pécresse accuse alors le président de « cramer la caisse », quand la gauche parlementaire trouve peu à redire à ces dépenses de soutien.
Macron est-il de droite ou de gauche pour les politologues ?
- Suppression de l’impôt sur la fortune, remplacé par l’IFI en 2017
- Réforme des retraites de 2023, adoptée après des mois de conflit social
- Loi pour contrôler l’immigration et améliorer l’intégration
- Le choix des Premiers ministres du second mandat
- Ouverture de la PMA aux couples de femmes
- Doublement de la durée du congé paternité
- Amende pour les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale
- Révision de la directive européenne sur les travailleurs détachés
- Le « quoi qu’il en coûte » de la pandémie
Les analystes ne tranchent pas d’une seule voix. Certains parlent de social-libéralisme et rangent Emmanuel Macron dans la troisième voie de Bill Clinton, Tony Blair et Gerhard Schröder. D’autres retiennent la formule de « libéral-libertaire », qui associe libéralisme économique et libéralisme sur les questions de société. Son mélange de propositions lui a aussi valu l’appellation d’extrême centre. L’historien Mathias Bernard le rattache à la tradition centriste française, avec une réserve : il assume le présidentialisme et la personnalisation du pouvoir comme peu de centristes avant lui.
Le politologue Luc Rouban replace ce positionnement dans une histoire longue des candidatures du centre.
« Seul Valéry Giscard d’Estaing s’est fait élire sur ce positionnement et sa politique a été celle d’un homme de droite. »
Les Décodeurs du Monde ont mesuré la composition du programme de 2017. Le résultat éclaire la difficulté à classer le personnage.
| Origine des propositions de 2017 | Part du programme |
|---|---|
| Propositions inédites | 41 % |
| Proches de François Hollande (2012) | 37 % |
| Proches de François Fillon (2017) | 21 % |
| Proches de Benoît Hamon (2017) | 19 % |
Le linguiste Damon Mayaffre juge ce discours de campagne « plein d’un vide », emprunt assumé à une critique du philosophe Marcel Gauchet : la dynamique y prend le pas sur les thématiques. Dans Le Monde, Nicolas Truong y voit un syncrétisme, « aussi bien un bonapartisme social qu’un progressisme libéral ». Pour Clément Pétreault, la synthèse est plus abrupte : le président « n’est probablement ni l’un, ni l’autre, il zig-zague au gré de l’actualité ».
Un électorat qui s’est déplacé avec lui
La question du positionnement s’est déplacée avec les scrutins. Élu en 2017 avec des codes empruntés à la gauche, réélu en 2022 face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron a vu son socle se recomposer. Après la dissolution de 2024, le sociologue Étienne Ollion décrivait un macronisme glissé vers des thèmes associés à la droite et à l’extrême droite, autorité, immigration et sécurité en tête. Luc Rouban observait pour sa part la construction d’une « droite sociale » se réclamant d’un gaullisme modernisé.
Les enquêtes électorales situent toujours le bloc central du côté des catégories diplômées, des cadres et des classes moyennes supérieures. Ce socle sociologique n’a pas basculé, la ligne politique s’est durcie. À gauche, le reproche est devenu un slogan : en décembre 2024, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure exigeait un Premier ministre de gauche en résumant neuf ans de pouvoir d’une phrase, « il a essayé la droite, il doit maintenant essayer la gauche ». Le président, lui, continue de refuser la question telle qu’elle est posée.






