A quelques mois de l’élection présidentielle, le numérique devient un nouveau terrain de compétition à gauche de la gauche. Derrière des propositions parfois proches, LFI et le PCF cherchent à crédibiliser leur capacité à gouverner, tandis que les formations révolutionnaires revendiquent une rupture plus frontale avec le capitalisme.
A la Fête de l’Humanité ce week-end, le numérique avait cette année son espace à lui. Du 11 au 13 septembre, la revue Progressistes, la section du PCF de Paris-Saclay et plusieurs associations défendant le logiciel libre avaient pris leurs quartiers dans un “Espace sciences et numérique”, aux côtés notamment de syndicats de travailleurs du jeu vidéo, de l’audiovisuel et du cinéma d’animation.
Au programme : une table ronde consacrée au rôle du jeu vidéo pour “politiser le divertissement”, une autre à l’impact de l’intelligence artificielle sur Wikipédia, mais aussi des discussions autour du logiciel libre, du spatial, de la recherche, de l’adaptation au changement climatique et même de la “merdification d’Internet”.
Autant de sujets qui prennent une portée nouvelle en cette période d’intense compétition entre les différentes forces situées à la gauche du Parti socialiste, dont plusieurs responsables étaient d’ailleurs appelés à défiler à quelques mètres du stand. Alors que LFI cherche à agréger les différentes sensibilités derrière sa candidature pour se frayer un chemin vers le second tour, et que le PCF tente au contraire de justifier une candidature autonome, le numérique devient lui aussi un terrain de différenciation.
Chez LFI et au PCF, la bataille de la respectabilité gouvernementale
Pour LFI comme pour le PCF, investir le numérique répond d’abord à un enjeu politique : convaincre qu’une gauche de rupture peut aussi parler le langage de l’État, de l’industrie et de la souveraineté.
A La France insoumise, le numérique participe désormais pleinement d’une stratégie de crédibilisation gouvernementale. LFI investit désormais le champ de la souveraineté et de l’exercice du pouvoir. Dans un texte dévoilé en juin 2026, le parti de Jean-Luc Mélenchon insiste désormais sur le contrôle public des infrastructures et le développement de capacités nationales. Un polissage de forme qui reste compatible avec le fond contestataire développé par le parti au cours des dernières années.
Ce positionnement vient concurrencer directement celui du PCF, lui aussi engagé dans une stratégie de présidentialisation. Le parti de Fabien Roussel, qui dispose depuis plusieurs années d’une commission “Révolution numérique”, vient de proposer un “grand service public intégré du numérique » capable de maîtriser toute la chaîne, “des puces aux plateformes”. Un terrain d’autant plus important pour les communistes qu’ils doivent aujourd’hui démontrer l’utilité d’une candidature autonome face à la pression croissante du vote utile en faveur de Jean-Luc Mélenchon.


A l’extrême gauche, refuser la course à la crédibilité
Le virage amorcé par LFI vers la présidentialisation ouvre dans le même temps un nouvel espace de contestation pour les mouvements les plus radicaux et les plus bruyants.
Du côté des partis trotskystes, dont les chances d’accéder au pouvoir sont quasiment nulles et dont les candidatures se limitent le plus souvent au témoignage, l’enjeu est moins de démontrer une capacité immédiate à gouverner que de maintenir une ligne de rupture avec le capitalisme.
Issu d’un courant du NPA devenu organisation autonome après son exclusion en 2021, le mouvement Révolution Permanente d’Anasse Kazib aborde le numérique presque exclusivement par le prisme de la lutte des classes. Intelligence artificielle, « technopolice », surveillance algorithmique ou automatisation sont présentées comme de nouvelles formes d’un rapport ancien entre détenteurs du capital et travailleurs.
Le NPA occupe quant à lui une position plus inconfortable. Sa stratégie pour 2027 cherche à concilier une “voix révolutionnaire” avec la construction d’un front antifasciste et une démarche unitaire avec les autres forces de la gauche de rupture. Cette tension se retrouve dans son discours numérique : le parti développe une critique du “capitalisme numérique”, des travailleurs invisibles de l’IA, de la surveillance ou du coût écologique des infrastructures, mais sans faire de ces sujets un instrument de démarcation aussi frontal que Révolution Permanente.
Enfin chez Lutte Ouvrière, le numérique ne constitue pas un champ politique autonome : il fournit surtout de nouveaux exemples à une critique du rapport entre capital et travail.







