Maccarthysme : la chasse aux communistes qui a secoué l’Amérique des années 50

La « politique us de persécution des années 50 » porte un nom resté célèbre : le maccarthysme. Entre 1947 et 1954, les États-Unis se livrent à une vaste chasse aux communistes, réels ou supposés. Délation, listes noires, interrogatoires publics : la peur dicte sa loi. Un sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy, incarne cette croisade jusqu’à donner son nom à toute une époque. Voici comment cette fièvre anticommuniste s’est emparée du pays, qui elle a brisé et pourquoi elle s’est éteinte.

Qu’est-ce que la politique us de persécution des années 50 ?

Le terme exact derrière ce mot-clé est le maccarthysme, aussi appelé « Peur rouge ». Il désigne la traque des communistes et de leurs sympathisants menée aux États-Unis, avec une apogée entre 1950 et 1954. Le caricaturiste Herblock forge le mot dès 1950, en référence à la chasse aux sorcières de Salem.

Cette persécution prend des formes très concrètes. Des fonctionnaires perdent leur poste, des artistes leur carrière, des intellectuels leur passeport. Le climat mêle suspicion généralisée et autodéfense par la dénonciation. La philosophe Hannah Arendt décrit dès 1949 une atmosphère politique « peu agréable », où la chasse aux rouges paralyse universités et collèges.

Pourquoi une telle peur du communisme aux États-Unis ?

La guerre froide nourrit cette angoisse. Après 1945, l’isolationnisme américain a vécu et le pays affronte une succession de chocs qui le terrifient.

  • 1948 : le coup de Prague, puis le blocus de Berlin
  • 1949 : la victoire de Mao en Chine et la première bombe atomique soviétique
  • 1950 : l’offensive nord-coréenne au-delà du 38e parallèle

Chaque revers alimente la même conviction : si l’adversaire progresse, c’est que des traîtres minent l’Amérique de l’intérieur. Derrière ces avancées, Washington redoute la mécanique de pouvoir des régimes communistes, où tout se décide au sommet par un organe dirigeant resté célèbre du bloc soviétique. L’affaire Alger Hiss, ce brillant diplomate condamné pour faux témoignage en janvier 1950, donne un visage à cette paranoïa. Pourtant le Parti communiste américain reste minuscule : à peine 43 000 membres en 1951, agents du FBI compris. La menace réelle pèse bien moins lourd que la peur qu’elle inspire.

Quels mécanismes ont organisé la traque ?

La machine répressive précède McCarthy. En novembre 1946, le président Harry Truman crée une commission chargée d’enquêter sur la loyauté des fonctionnaires fédéraux. Dès 1947, chaque administration interroge ses employés et écarte les security risks. En 1951, la procédure se durcit encore : un simple doute suffit à révoquer un agent.

Le Congrès agit de son côté. La Commission des activités antiaméricaines de la Chambre (HUAC), créée en 1938, lance en 1947 une grande enquête sur Hollywood. Le 9 février 1950, McCarthy prononce son fameux discours de Wheeling et brandit une prétendue liste de 205 communistes infiltrés au Département d’État. Le chiffre varie selon les versions, mais l’effet est foudroyant.

Trois lois encadrent cette offensive.

Loi Année Objet
Loi Smith 1940 Réprime les appels au renversement violent du gouvernement
Loi McCarran 1950 Vise la « conspiration communiste mondiale », adoptée malgré le veto de Truman
Loi de 1954 1954 Met le Parti communiste hors la loi

Les textes de 1950 et 1954 resteront largement inapplicables et la Cour suprême finira par les annuler.

Qui furent les victimes de la chasse aux sorcières ?

Hollywood paie un lourd tribut. En 1947, dix scénaristes et réalisateurs refusent de répondre à la HUAC au nom du cinquième amendement. Ces Dix d’Hollywood, parmi lesquels Dalton Trumbo, Ring Lardner Jr. ou Lester Cole, sont condamnés à des peines de prison. La liste noire s’étend ensuite à environ 300 acteurs et scénaristes, privés de tout emploi dans le cinéma.

Les chiffres officiels donnent la mesure de la purge :

  • 26 000 employés fédéraux enquêtés entre 1947 et 1953 (chiffres d’Hérodote)
  • 1 054 fonctionnaires révoqués de 1947 à 1954
  • des milliers d’autres poussés à la démission
  • des motifs allant de l’appartenance communiste à l’homosexualité ou la consommation de drogue

Albert Einstein y voyait « un danger incomparablement plus grand pour la société américaine que ces quelques communistes qui peuvent être dans le pays ».

L’affaire la plus tragique reste celle des époux Rosenberg, accusés d’espionnage atomique au profit de l’URSS et exécutés en 1953. Ces militants se réclamaient d’une doctrine dont le texte fondateur, le manifeste qui a posé les bases du communisme, suffisait à éveiller tous les soupçons. Des artistes comme Charlie Chaplin, Jules Dassin ou Joseph Losey choisissent l’exil pour échapper à l’ostracisme.

Comment Joseph McCarthy a-t-il fini par tomber ?

Le maccarthysme, etape par etape (1946-1954)
1946
Le president Truman institue une commission chargee d’enqueter sur la loyaute des fonctionnaires federaux.
1947
Chaque administration interroge ses employes et ecarte les security risks.
1950
Le caricaturiste Herblock forge le mot « maccarthysme » ; l’affaire Alger Hiss cristallise la paranoia. Debut de l’apogee.
1951
La procedure se durcit : un simple doute suffit desormais a revoquer un agent.
1954
La fievre retombe et le senateur Joseph McCarthy, desavoue, finit par tomber.

Sa chute vient de son propre excès. En 1953, McCarthy préside la sous-commission permanente d’enquêtes du Sénat et s’attaque à tout : la Voix de l’Amérique, les bibliothèques diplomatiques, jusqu’au général George Marshall. Puis il vise l’armée américaine, qu’il soupçonne de mollesse face au communisme.

Au printemps 1954, les auditions Army-McCarthy passent à la télévision. Trente-cinq jours d’audience, 187 heures d’antenne, vingt millions de téléspectateurs découvrent un homme brutal et agressif. L’opinion bascule, ses alliés se détournent. En décembre 1954, le Sénat vote une motion de censure contre lui. Rongé par l’alcool et la maladie, le sénateur meurt le 2 mai 1957, dans l’oubli. Son nom reste attaché à une forme durable d’intolérance dont l’écho marquera encore la politique américaine, jusqu’à la guerre du Vietnam.

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